Tour du Mont Blanc

Six fois le Tour, une première avec mon frère !

Quatre jours, dix kilos d’autonomie sur le dos, mes fidèles sandales et un tracé par cœur détourné à chaque occasion par les variantes plus alpines.

Les Houches, départ officiel du Tour, milieu d’après-midi, six heures de route encore dans les jambes. Direction les chalets de Miage, nous démarrons par une variante, la crête puis le col du Tricot. Sur le chemin, la passerelle de Bionassay nous arrête net. Sous nos pieds, le glacier fond à vue d’œil, et le torrent gronde avec une puissance qu’on n’attend pas si tôt dans la saison. Cela se passe de mots, on regarde, puis continue vers ce trou de verdure sur lequel le temps n’a pas d’emprise. Au bord du torrent en retrait des Chalets nous posons le bivouac pour la nuit.

Ce que le corps encaisse

Réveillés aux premières lueurs du jour à 5h30, météo consultée via le communicateur satellite, on va devoir s’adapter… La décision est prise de rallier Courmayeur en une seule étape. Quatre cols, 3000 mètres de dénivelé, une cinquantaine de kilomètres, le genre de programme qui ne se coche pas mais se suit pas après pas. Les névés du col des Fours, encore blancs et traîtres, précèdent l’orage qui nous cueille plus loin au col de la Seigne et nous suit avec intermittence jusqu’à la nuit tombée, sous des trombes d’eau.

Le soir, à table, les verres sont difficiles à soulever. Les avant-bras ne répondent plus, le bas du dos hurle à chaque mouvement. Peu de mots partagés, juste une pizza et l’encaissement physique. Une nuit au chaud plus tard, direction la Suisse et La Fouly, une étape plus courte, presque une convalescence. La météo toujours incertaine nous prive du petit col Ferret, plus alpin et engagé, nous profitons toutefois comme il se doit de la face Sud du Mont Blanc et de son massif qui, d’ici parait bien plus austère et vertigineuse que du côté français.

Sous la voûte plantaire, une douleur sourde s’installe, comme des hématomes qui se forment à chaque appui, je marche sur des œufs durs. Rien d’anormal après deux journées pareilles, chargé, sur un terrain rendu technique par les variantes choisies. Mais un signal qui compte, à quelques semaines d’une traversée de 300km en solo dans les Alpes du Sud.

Ce que la foule chasse

La Suisse et l’Italie interdisent quasiment le bivouac sur le tracé du TMB, alors des campings prennent le relais et prévoaynt de vrais camps pour randonneurs, ultra-équipés, pensés pour absorber les flux.

À La Fouly, la pluie matinale et la fatigue embuent l’optimisme, et l’étape se raccourcit encore. Champex, Bovine, le col de la Forclaz : des passages connus par cœur, traversés et retraversés en course et hors course au fil de six tours. Une pointe d’amertume tout de même pour la fenêtre d’Arpette, passée une seule fois en six tentatives, la météo a ses raisons et ne se négocie pas.

Nous atteignons Trient vers 16h30, le camping est une usine à trekkeurs. Aucune intimité, aucune âme, pas la montagne que nous sommes venus chercher. Malgré la fatigue, la décision est prise de pousser plus loin, par la variante la plus raide vers la France, direction les Tseppes.

Repartis sans eau, l’alpage des Tseppes se révèle à sec. Toujours rien à Catogne. On avance, épuisés mais avec humour, sans doute la vraie compétence d’un tour à deux. Le col de Balme et son refuge apparaîssent aux dernières lueurs du jour, une bière en récompense, puis un bivouac glacial face à un panorama grandiose. La nuit la plus dure du tour, et la plus belle vue.

Dernière remontée dans les Aiguilles Rouges, direction le lac Blanc,  un passage que je souhaitais faire découvrir à mon frère. Le lac est noir de monde. Fuite immédiate, sans s’attarder, et bouclage par l’itinéraire de l’UTMB via la place de l’amitié. 4 jours et 2h.

Ce qui reste, une fois les sacs posés

Côté matériel, des ajustements s’annoncent avant la prochaine échéance. Côté physique, rien à redire, si ce n’est que marcher en sandales reste un engagement à part entière, et que la traversée du Sud des Alpes en solo, de ce point de vue précis, s’annonce comme un très gros morceau. Aucune ampoule, aucune plaie, pas la moindre égratignure. Juste une sensibilité extrême sous les pieds, liée au dénivelé chargé, au terrain caillouteux des variantes, et sans doute à la fatigue accumulée.

Un sixième Tour du Mont-Blanc, mais une première : la première vraie aventure avec mon frère, celle qui en annonce d’autres. Surfréquentation, refuges modernisés depuis vingt ans, accessibilité facilitée à outrance, le TMB a changé, il continuera de changer. Ce tour-là restera pourtant celui-là, et pas un autre : le TMB avec mon frère. Et ça n’a pas de prix, au point d’effacer tout le reste.

Prochaine étape ALPES BRUTES: la traversée solo et minimaliste des Alpes du Sud, depuis Briançon jusque Menton, fin août.


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